Blind Digital Citizen, l’épopée électro des petits-enfants de Bashung

En mars prochain, cela fera quatre ans qu’Alain Bashung nous a quittés. Alors que beaucoup s’empressent encore de lui chercher (à juste titre) des héritiers, des jeunes gens ont décidé d’accompagner l’Apiculteur sur un terrain qui n’a jamais vraiment été le sien, celui de l’électro.

Au commencement, il y a la mer démontée et le bleu gris des nuages qui se mélange à celui de nos lèvres. Cette mer, c’est celle qui est projetée à l’arrière-scène alors que les premières notes de “Reykjavik 402” retentissent, comme un hommage à d’hypothétiques vikings de métal, arpenteurs de rivages, amateurs de déserts. Après un set à l’International, à la Maroquinerie et au Nouveau Casino, c’est désormais certain, ces gens-là ne sont pas là pour beurrer les tartines. “C’est l’heure de partir, ne jamais revenir. […] Le meilleur est à venir, ici c’est l’avenir” entend-on sur “War“. Les cartes sont jouées. Blind Digital Citizen a tout d’une manifestation fantôme aux revendications prophétiques et jubilatoirement absurdes. Ils rêvent d’un “Valhalla“, dont les synthés – tels des balises côtières – indiquent l’évidente destination.

Comme chez Bashung ou Manset, les textes auront le sens que l’on voudra bien leur donner, ils s’abiment dans nos oreilles en cherchant l’écho le plus pertinent. L’irrationnel est quasi-incantatoire, il nous force la main et serre nos estomacs avec la rigueur d’un métallo. Sur scène, la transe est immédiate et les images sont claires. À la proue de leur navire, ils sont tout-puissants, bravant le courant et le creux des vagues avec une détermination mécanique. Le sens n’est pas important, c’est la sensation qui prime. C’est donc un festival d’allitérations aux allures chamaniques qui s’empare de l’oreille et qui nous laisse absents. Pas de fioritures mais une implacable efficacité. L’introspection s’accouple à l’abandon dans une bouleversante grand messe en plein air, sur l’eau,  alors que les vents froids se déchaînent sur nos tempes.

Les gimmicks, la récurrence des synthés et la puissance de la batterie sont autant d’arguments catégoriques, qui font de Blind Digital Citizen un des héritiers les plus audacieux et les plus dignes des fantaisies militaires d’Alain Bashung. Vivement l’album.

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Blind Digital Citizen, au Nouveau Casino (décembre 2012) – Crédits : Olivier Texier (son site est ici).

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